sexta-feira, 25 de novembro de 2011

CÉZANNE

(Pão e Ovos, Cézanne)


Ici, tenez, les cheveux, cette joue, c'est dessiné, c'est habile, là, ces yeux, ce nez, c'est peint... Et dans un bon tableau, comme je le rêve, il y a une unité. Le dessin et la couleur ne sont plus distincts; au fur et à mesure que l'on peint, on dessine; plus la couleur s'harmonise, plus le dessin se précise. Voilà ce que je sais, d'expérience. Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude. Le contraste et les rapports des tons, voilà le secret du dessin et du modelé... Tout le reste, c'est de la poésie. Qu'il faut avoir dans la cervelle, peut-être, mais qu'il ne faut jamais, sous peine de littérature, essayer de mettre dans sa toile. Elle y vient toute seule.

Il va prende un livre sur l'étagère, son vieux Balzac. Il feuillette la "Peau de chagrin".

Oui, vous avez vos métaphores, vos comparaisons. Quoiqu'il me semble que de constamment multiplier les «comme», c'est comme nous, quand notre dessin se voit trop. Il ne faut pas tirer les gens par la manche... Mais nous, nous n'avons que des tons, la visibilité... Tenez, tenez... il parle d'une table servie, il fait sa nature morte, Balzac, mais à la Verónèse... Une nappe...

Il lit:

«... blanche comme une couche de neige fraichement tombée et sur laquelle s'élevaient symétriquement les couverts couronnés de petits pains blonds.»

Toute ma jeunesse, j'ai voulu peindre ça, cette nappe de neige fraîche... Je sais maintenant qu'il ne faut vouloir peindre que «s'élevaient symétriquement les couverts» et «de petits pains blonds». Si je peins «couronnés» je suis foutu... Comprenez-vous? Et si vraiment j'équilibre et je nuance mes couverts et mes pains comme sur nature, soyez sûr que les couronnes, la neige, et tout le tremblement y seront... Dans le peintre, il y a deux choses: l'oeil et le cerveau, tous deux doivent s'entraider; il faut travailler à leur développement mutuel, mais en peintre: à l'oeil, par la vision sur nature; au cerveau, par la lógique des sensations organisées qui donne les moyens d'expression. Je ne sors plus de là. Je vous l'ai dit, un jour, je crois, devant le motif. Je vous de répète encore. Dans une pomme, une tête, il y a un point culminant, et ce point est toujours — malgré l'effet, le terrible effet: ombre ou lumière, sensations colorantes — le plus rapproché de notre oeil. Les bords des objects fuient vers un autre placé à votre horizon. C'est mon grand principe, ma certitude, ma découverte. L'oeil doit concentrer, englober, le cerveau formulera... Et puis, j'ai encore noté ça, sur les marges du chef-f'oeuvre inconnu, un fameux livre, soit dit entre nous, autrement empoignant, autrement profund que L'Oeuvre, et que tous les peintres devraient relire au moins une fois par an... J'ai noté ça... Voici sans conteste possible, je suis très affirmatif...

Il lit.

«Une sensation optique se produit dans notre organe visual qui nous fait classer par lumière, demi-ton ou quart de ton les plans représentés par des sensations colorantes...»

Il ricane.

La lumière n' existe donc pas pour le peintre.

Il reprend.

«Tans que, forcément, vous allez du noir au blanc, la première de ces abstractions étant comme un point d'appui autant pour l'oeil que pour le cerveau, nous pataugeons, nous n'arrivons pas à avoir notre maîtrise, à nous posséder. Pendant cette période, nous allons vers les admirables oeuvres que nous ont transmises les âges, où nous trouvons un réconfort, un soutien, comme le fait la planche pour le baigneur...»

Il jette le livre.

Joachim Gasquet

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