quarta-feira, 21 de setembro de 2011

En 1966, André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, obtient du secrétaire d'État à l'Information Yvon Bourges l'interdiction du film Suzanne Simonin, La Religieuse de Diderot de Jacques Rivette (d'après le livre de Diderot). Jean-Luc Godard écrit à Malraux la lettre suivante :

« Votre patron avait raison. Tout se passe à un niveau vulgaire et subalterne… Heureusement, pour nous, puisque nous sommes des intellectuels, vous, Diderot et moi, le dialogue peut s'engager à un échelon supérieur. Étant cinéaste comme d'autres sont juifs ou noirs, je commençais à en avoir marre d'aller chaque fois vous voir et de vous demander d'intercéder auprès de vos amis Roger Frey et Georges Pompidou pour obtenir la grâce d'un film condamné à mort par la censure, cette gestapo de l'esprit. Mais Dieu du Ciel, je ne pensais vraiment pas devoir le faire pour votre frère, Diderot, un journaliste et un écrivain comme vous, et sa Religieuse, ma sœur. Aveugle que j'étais ! J'aurais dû me souvenir de la lettre pour laquelle Denis avait été mis à la Bastille… Ce que j'avais pris chez vous pour du courage ou de l'intelligence lorsque vous avez sauvé ma Femme mariée de la hache de Peyrefitte, je comprends enfin ce que c'était, maintenant que vous acceptez d'un cœur léger l'interdiction d'une œuvre où vous aviez pourtant appris le sens exact de ces deux notions inséparables : la générosité et la résistance. Je comprends enfin que c'était tout simplement de la lâcheté. Si ce n'était prodigieusement sinistre, ce serait prodigieusement beau et émouvant de voir un ministre UNR en 1966 avoir peur d'un esprit encyclopédique de 1789…Rien d'étonnant à ce que vous ne reconnaissiez plus ma voix quand je vous parle, à propos de l'interdiction de Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot, d'assassinat. Non. Rien d'étonnant dans cette lâcheté profonde. Vous faites l'autruche avec vos mémoires intérieurs. Comment donc pourriez-vous m'entendre, André Malraux, moi qui vous téléphone de l'extérieur, d'un pays lointain, la France libre ? ».

Un post-scriptum précise : « Lu et approuvé par François Truffaut, obligé de tourner à Londres, loin de Paris, Fahrenheit 451, température à laquelle brûlent les livres. »

Dans l'édition du Monde du 2 avril 1966, au lendemain de l'interdiction, Godard avait déjà écrit à destination cette fois du Secrétaire d'Etat Yvon Bourges:

« Pendant Munich et Dantzig, je jouais aux billes, pendant Auschwitz, le Vercors et Hiroshima, j’étrennais mes premiers pantalons longs, pendant Sakiet et la Casbah je connaissais mes premières aventures féminines. Bref, en tant que débutant intellectuel j’étais d’autant plus à la traîne que j’étais également débutant cinéaste, je ne connaissais donc le fascisme que dans les livres. “Ils ont emmené Daniel, ils ont arrêté Pierre, ils vont fusiller Étienne”, toutes ces phrases-types de la Résistance et de la Gestapo, elles m’atteignaient certes de plus en plus fort, mais jamais dans ma chair et dans mon sang, puisque que j’avais eu la chance d’être né trop tard. Hier, brusquement tout a changé, ils ont arrêté Suzanne. Si, la police est venue chez Georges et au laboratoire, ils ont saisi les copies. Merci Yvon Bourges de m’avoir fait voir en face le vrai visage de l’intolérance actuelle ».

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