Les temps sont donc bénis pour les marquis maussades. On aura rarement assisté à une nécrologie aussi lugubre : la mort de Maria Schneider, bâtarde présumée d’un jeune premier vichyste, icône de la « révolution sexuelle » (laquelle ? Tout le monde a eu la sienne, comme disait Revel), héroïne branchée du Dernier tango à Paris, a en effet soulevé un tollé de récriminations aigries, pas même nostalgiques. C’était à qui jouerait au plus repenti : le metteur en scène Bertolucci, gay communiste à la mode italo-française des années 70, les journalistes de Libération et les néo-beaufs ébaubis de la société d’aujourd’hui, tous se repentaient d’avoir un jour utilisé ou révélé ou récupéré ou recyclé la pauvre figure et le pauvre derrière d’une actrice qui s’était laissée défigurer ces dernières années, alors que tant de ses contemporaines prétendent vivre au même âge – 58 ans tout de même – ce qu’il faut bien nommer une deuxième adolescence.
Le reste, c’est du sport en chambre, de l’existentialisme à la sauce tartare, du lesbianisme déroulé, de l’ennui postmoderne et de la griserie de récit. De Bardem à Chéreau en passant par Desplechin ou un chinois fluo, ils sont un million les cinéastes médiocres, sans ambition artistique ni culturelle, sans vision cosmique ni spirituelle, qui rêvent de se voir récompensés par la Critique et par les jurys de festivals en filmant les ébats abattus et les conversations convenues de deux abonnés aux Inrocks ou à Télérama. De ce point de vue, le dernier tango fut un vrai scandale médiatique, le début du people et de la postmodernité critique : du récit, avec du beurre à l’intérieur, du récit, avec du parfum de femme, à l’extérieur.
La tristesse de Maria Schneider est sans doute liée à cela : en 1972, il n’y avait déjà plus de cinéma. Il y avait les recettes du parrain, le scandale du tango ou celui de l’orange mécanique, il y avait déjà dans l’air une médiocrité ambiante inimitable : j’en veux pour preuve les chroniques récemment traduites et publiées de Pauline Kael, critique new-yorkaise alors à la mode, et qui montre que rien ne trouvait grâce à ses yeux, Kubrick, Antonioni ou Fellini. Le cinéma était donc mort, en tant que mythe et en tant qu’histoire. Il ne restait donc à Maria Schneider qu’à avouer qu’en ayant montré son derrière au chevalier sans beurre et sans reproche elle avait perdu la fesse ; pardon la face. Aujourd’hui, ils sont 600 millions à le faire sur Facebook, sur les fesses books de toute la planète, et les récriminations, et les repentirs tardifs de l’actrice sonnent tout d’un coup bien faux. D’ailleurs, aujourd’hui l’actrice ferait un procès retentissant à son metteur en scène, qu’elle accuserait d’abus, de harcèlement, de je ne sais quoi, demandez aux avocats, ils sont payés pour cela…
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