« Moonlighting est une histoire qui fait sens de toutes parts. Les amateurs de métaphores vont faire des heures sup. Pour l’instant contentons-nous d’indiquer au lecteur à quel point ce film déroute. À quel point Skolimowski n’a pas perdu son oeil pour les objets rebelles, la saccade, la perte constante du centre de gravité. À quel point il reste un ironiste de l’image, avec un goût tatiesque pour le gag plein-cadre. La maison est un lieu burlesque, ni anglais, ni polonais, un cube d’immunité. Dehors, commence le royaume de Kowak, l’Angleterre profonde des supermarchés avec sa politesse haineuse, une surveillante aussi rosse que la Thatcher, la grisaille d’où surgit – lien pathétique avec la Pologne – la cabine rouge de téléphone. La réussite de ce film est totale. C’est le meilleur Skolimowski depuis longtemps. Il a tourné vite un film pas cher, drôle et inspiré. Il a réalisé un bon produit british. Pas mal. Il a raconté une histoire très polonaise de transfert d’argent qui finit en transfert de culpabilité, avec estime de soi perdue et secret converti en coups de poings. Normal. Il a surtout inventé un genre qui manquait dans la panoplie des fictions modernes: le polar socialiste. Que ne ferait-on pas pour “quelques zlotys de plus!” »
SERGE DANEY, LIBÉRATION, 21 MAI 1982
« C’est peut-être le meilleur Brisseau. C’est en tout cas le premier, produit à la toute fin des années 70 à l’intérieur de cet organe d’état-tube à essai qu’était l’INA, alors que Brisseau enseignait encore en banlieue. Il est impossible de revoir La Vie comme ça sans immédiatement hisser une comparaison avec Choses secrètes, le dernier brûlant Brisseau en date. Le voyage au bout de la nuit du couple Lisa Hérédia-Marie Rivière anticipe en désillusion sur l’odyssée socio-sexuelle de Sabrina Seyvecou et Coralie Revel. Marx et Sade sont déjà là, la vie de bureau aussi et il est difficile de croire que ses pratiques aient, en quoi que ce soit, évolué en vingt-cinq années. »
PHILIPPE AZOURY, CAHIERS DU CINÉMA N° 578, AVRIL 2003